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Ruuuuuuuuuuuud….

C'est à peu de choses près le cri que j'ai eu envie de pousser ce mardi 11 mai, en découvrant la liste des 30 hollandais pré-selectionnés pour la Coupe du monde 2010. Mais pas un cri de joie, tel celui poussé par les supporters à chacun de ses buts. Non, plutôt un cri façon loup hurlant à la mort. A la publication de la liste, mes yeux se sont fébrilement portés sur la catégorie « attaquants » pour y voir une flopée de noms barbares, mais point celui de Rutgerus Johanes Martinius van Nistelrooy. Fin de carrière internationale en lieu et place du magnifique jubilé qu'aurait pu être, pour lui, ce mondial.
C'est l'occasion pour moi de tirer un petit portait sur un joueur qui fut littéralement mon idole du temps de son passage à Manchester.
Rutgerus Johanes Martinius van Nistelrooy, appelons-le Ruud pour plus de commodité, est né le 1er juillet 1976 à Oss aux Pays-Bas. Originaire d'une région, disons le franchement, un peu campagnarde, les habitants sont appelé burgundies (Bourguignons, en référence au XVème siècle... oui je bosse quand je prépare un article) par leurs concitoyens, il y passe une enfance heureuse au milieu de champs, veaux, vaches et cochons... Bon en fait je n'en sais rien, à part qu'il a un grand frère, donc passons directement à ses débuts balle au pied. Ruud débute en temps que milieu offensif, mais se retrouve progressivement attaquant, l'appel du but, du tremblement du filet, étant surement pour lui quelque chose d'irrésistible D'ailleurs il est le mieux placé pour en parler « Je détestais jouer des matchs où les buts n'avaient pas filets, c'était la pire des punitions qu'on pouvait m'infliger" (L'Equipe Magazine 1119, 1er novembre 2003).
Ruud n'a pas suivi pas un parcours classique, en passant par un centre de formation (et il y'en a en Hollande). Comme la majorité des joueurs dans ce cas, il n'est pas du genre précoce. S'il joue au foot et commence à percer, c'est en tant que semi-pro. La semaine, il continue à fréquenter les bancs de la fac, où il y rencontre d'ailleurs sa future femme (il faut bien satisfaire son lectorat féminin avec quelques potins). Pour preuve de cette émergence tardive, alors qu'il est toujours étudiant, Patrick Kluivert né le même jour de la même année que lui, remporte la C1 avec l'Ajax. Mais fini les tergiversations, il faut passer aux choses sérieuses, et Ruud choisit de se consacrer à plein temps au foot. Si bon nombre de défenseurs et gardiens avaient su cela, ils l'auraient poussé à continuer les études…
Sa carrière de pro débute au modeste FC Den Bosch, mais il rattrape vite son supposé départ tardif dans le professionnalisme. Le staff fait un travail de pro (Ruquier point,) et le fixe au poste d'attaquant, avant qu'il signe au FC Heereenven, où son entraineur, Foppe De Haan (le hollandais, quelle magnifique langue tout de même) ditra de lui qu'il a les pieds aussi sensibles et précis que ses mains. Mais pas de temps à perdre, le prestigieux PSV Eindhoven, l'un des trois grands clubs du pays l'enrôle illico presto. Le club devait croire en lui, puisqu'il arrive après le passage de Romario et Ronaldo, excusez du peu, qui se sont servi du club comme tremplin pour leur carrière européenne. Traditionnellement le club à donc régulièrement eu de grands buteurs, et van Nistelrooy ne va pas déroger à la règle. Il explose au plus haut niveau (hollandais, relativisons les choses) et devient un attaquant tout en puissance, qui déménage toutes les défenses s'offrant à lui. Les chiffres se suffisent à eux-mêmes : 75 buts en 91 matchs, deux fois meilleur buteur du championnat consécutivement et deux fois champion, le tout ponctué de quelques chefs d'œuvre, notamment un but du milieu du terrain. N'en jetez plus, le fax du PSV à déjà rendu l'âme.
Et c'est là que nos destins se rejoignent, car au printemps 2000 Manchester United est en tête pour signer le batave. A l'annonce de la nouvelle, je suis tout excité de voir un attaquant de ce calibre rejoindre le club, sa réputation étant phénoménale. Il faut remettre dans le contexte, à l'aube de l'internet 2.0, en précisant qu'à l'époque les nouvelles se rependaient moins vite, et pour qu'une réputation passe les frontières, il fallait vraiment que le joueur promette. Aujourd'hui on nous sort un nouveau Zidane chaque week-end, vidéo Youtube à l'appui.
Bien sur tout était trop beau. Pour une fois que MU était sur le devant de la scène pour signer un joueur coté, tout s'est envolé quand Ruud s'est effondré à l'entrainement. Verdict sans appel, ligaments foutu, Euro (à domicile) foutu, transfert foutu…de quoi vous ruiner une carrière en somme. Le bonhomme va pourtant montrer qu'il a du caractère. Sir Alex croit dur comme fer en son talent, et lui promet de l'engager la saison prochaine s'il se rétablit. Ruud part donc pour de longs mois en convalescence, après une opération aux Etats-Unis. Au printemps 2001, RvN enfile à nouveau le maillot du PSV et retrouve les terrains. La promesse de sur Alex est tenue, et Ruud signe à Manchester pour 19M€.
The goal machine
Premier match en Red Devil, premier but face à Liverpool, ennemi juré, de quoi soigner d'entrée sa cote de popularité. Ruud ne perd pas de temps et enquille les buts, peu importe l'équipe ou le défenseur qui lui fait face. Peu à peu, l'attaquant tout en puissance qu'il était au PSV, se mue en véritable buteur pur sang et insatiable sous le maillot rouge. Un surnom lui est tout trouvé : the goal machine. Illustration parfaite, à la fin de sa carrière en rouge, il n'aura marqué qu'un seul but en dehors de la surface. Mais revenons à sa première saison mancunienne qui se termine avec 36 buts au compteur, on a connu pire comme adaptation. Malheureusement l'effectif est trop bancal, déstabilisé par l'arrivé du milieu argentin Veron, énorme transfert pour lequel Ferguson bouscule son 4-4-2 traditionnel et immuable, en 4-5-1. C'est un échec, MU termine 3ème du championnat, et est éliminé en Ligue des champions. Les Gunners triomphent, emmené par un Henry au sommet de son art, qui devance Ruud d'un petit but au classement des buteurs.
A ce propos la comparaison entre les deux joueurs est inévitable d'un point de vue médiatique, et bien évidemment Henry remporte tous les suffrages (enfin du point de vue français bien évidemment) or Henry évolue dans un style globalement plus « esthétique » que notre ami hollandais. Ainsi sa réputation de renard se forge autour de buts qui font partie de ceux que l'on à un peu honte de montrer, que l'on range au fond de la vidéothèque, à coté de ceux d'Inzaghi et Trezeguet. Cependant cette réputation est un peu (beaucoup) usurpée, car nombre de ses buts sont techniquement splendides, avec beaucoup d'enchainements balle aérienne-contrôle-frappe instantanée, et certains autres sont tout bonnement des chefs d'œuvres. Prenons pas exemple ce but face au FC Bâle en Ligue des Champions, ou Ruud part du poteau de corner en longeant la ligne, mystifie un défenseur et marque dans un angle impossible. Ou encore ce but face à Fulham, ou pour parachever un magnifique triplé il part du milieu de terrain, efface trois joueurs avant de tromper le gardien. Ou bien ce somptueux finish face à Charlton Et il y'en a des dizaines comme cela.
Ce triplé contre Fulham est d'ailleurs inscrit lors de la saison 2002-2003, sa seconde avec MU. Le club est revanchard et ronge son frein derrière Arsenal champion en titre, qui mène un train d'enfer en tête du championnat. Au début de printemps, les londoniens sont assis en tête avec 10 points d'avance. On imagine notre cher Alex Ferguson bouillonnant de rage à l'idée de se voir encore une fois dominé par son meilleur ennemi Wenger. Mais il n'est pas le seul, et Ruud, privé de Coupe du monde 2002 (la sélection n'est pas qualifée) après avoir manqué l'Euro 2000 (ligaments en miettes) est assoiffé de buts. Si sa première saison s'est montrée réussie, sa seconde sera phénoménale. Sous son impulsion, MU enclenche le turbo et fait fondre spectaculairement l'avance des Gunners. L'enchainement des doublés et des triplés de RvN est impressionnant, le canonnier n'est pas à Londres mais à Manchester ! Arsenal fini par craquer, et grâce à un nouveau triplé inscrit face à Charlton par notre « homme-but » United passe en tête, avant d'être sacré grâce à une défaite des Gunners…face à Leeds !
Ruud achève sa saison sur le total gargantuesque de 44 buts inscrits. Meilleur buteur du championnat, meilleur buteur de la Ligue des champions (tout en étant éliminé en ¼ de finale par le Real Madrid, au cours du meilleur double affrontement qu'il m'ait été donné de voir 1-3, 4-3). Il réalise certainement la meilleure saison de sa carrière.
Van the Man
Malheureusement, ce sera son seul titre de champion avec United. Malgré ses performances en attaque, l'effectif souffre d'un milieu de terrain appauvri et d'une « van Nistelrodépendance ». Son efficacité est telle qu'il cristallise toutes les actions offensives, et les défenseurs l'ont bien compris en se montrant plus féroces à son encontre. Certes cela permet d'obtenir des pénaltys, qu'il se fait un plaisir de transformer.
A propos de pénalty, impossible de ne pas citer la fameuse histoire du pénalty manqué face à Arsenal. Non content d'être d'une efficacité rare face au but, Ruud l'est aussi au point de pénalty. Ses ratés peuvent se compter sur les doigts d'une main. Mais ce jour de septembre 2003, lorsqu'il se présente aux 11 mètres
pour la victoire face à Jens Lehmann, à Old Trafford, à la dernière minute d'un Manchester-Arsenal houleux, sa frappe s'écrase puissamment sur la barre avant d'être dégagée au loin par la défense arrivant en trombe. Au choc de ce raté spectaculaire, s'ajoute l'attitude ridicule des Gunners se jetant sur RvN pour le secouer, le pousser, l'insulter car ils l'estimaient responsable de l'expulsion de Vieira quelques minutes avant, des images indignes du plus haut niveau. Ruud apparait sonné et les Canonniers s'envolent vers une incroyable série de 49 matchs sans défaite…qui prendra fin au même endroit et de la même façon ! Plus d'un an après, Ruud est à nouveau face à Lehmann, à nouveau à Old Trafford pour à nouveau offrir la victoire tout en empêchant les londoniens d'atteindre le total symbolique de 50 matchs sans défaite. Cette fois il ne tremble pas et sa célébration, d'un profond cri mélé de joie et de soulagement, prouve qu'il tenait à effacer l'affront qui lui avait été fait en 2003.
pour la victoire face à Jens Lehmann, à Old Trafford, à la dernière minute d'un Manchester-Arsenal houleux, sa frappe s'écrase puissamment sur la barre avant d'être dégagée au loin par la défense arrivant en trombe. Au choc de ce raté spectaculaire, s'ajoute l'attitude ridicule des Gunners se jetant sur RvN pour le secouer, le pousser, l'insulter car ils l'estimaient responsable de l'expulsion de Vieira quelques minutes avant, des images indignes du plus haut niveau. Ruud apparait sonné et les Canonniers s'envolent vers une incroyable série de 49 matchs sans défaite…qui prendra fin au même endroit et de la même façon ! Plus d'un an après, Ruud est à nouveau face à Lehmann, à nouveau à Old Trafford pour à nouveau offrir la victoire tout en empêchant les londoniens d'atteindre le total symbolique de 50 matchs sans défaite. Cette fois il ne tremble pas et sa célébration, d'un profond cri mélé de joie et de soulagement, prouve qu'il tenait à effacer l'affront qui lui avait été fait en 2003.
Van the Man est ainsi, un joueur qui joue pour le plaisir du jeu et de la victoire avant de se voir comme une star et une icône publicitaire. En dehors de quelques spots pour ses sponsors, il est invisible hors du terrain, un Monsieur tout le monde en quelques sorte, bien conscient de la chance qu'il à de pouvoir vivre de sa passion.
Néanmoins sur le terrain, après Arsenal c'est Chelsea qui émerge, grâce au rachat par ce cher Abrahamovich. Deux années de suite, les Blues sont titrés et MU se morfond avec des lots de consolation. De son coté Ruud commence à être fragilisé, par les blessures d'une part, et la concurrence d'autre part. Notre petit Frenchie Louis Saha à débarqué, et ses performances poussent petit à petit Van the Man sur la touche. Point d'orgue, la finale de League Cup 2006 remportée 4-0 par MU, dont Ruud de disputera pas une seule seconde. Ca commence à sentir le roussi, d'autant plus qu'il échange quelques amabilités avec Cristiano Ronaldo à l'entrainement (comprenez, des baffes…il l'avait surement mérité de toute façon). L'inévitable se produit alors, Ruud va partir. Je me refuse à le croire, jusqu'au jour ou le club officialise son départ au Real Madrid.
C'est un coup de poignard dans mon petit cœur de supporter, moi qui rêvait de le voir devenir meilleur buteur de l'histoire du club et de finir glorieusement sa carrière en rouge. Je suis triste et j'en veux à Ferguson de le faire partir. Cependant l'avenir lui donnera raison, Ronaldo et Rooney explosent à leur tour et MU reconquiert triomphalement le titre de champion dès l'année suivante, libéré d'une certaine manière de l'omniprésence du hollandais face au but.
Je pourrais écrire des pages et des pages sur les émotions vécues à suivre ses exploits mancuniens. L'ADSL n'étant pas démocratisé, Youtube et autres n'existant pas encore il me fallait patienter de longues heures avant de pouvoir visualiser ses exploits, et la découverte de chaque but faisait l'objet d'une délectation de chaque instant. Ceci explique peut être un peu la fascination que j'éprouve envers lui.
And in the end…
Bien sur sa carrière ne s'est pas arrêtée avec son départ, bien au contraire. Il a trouvé un partenaire d'attaque pas trop mauvais au Real, un certain Raul, avec qui il a formé un incroyable duo sa faisant marquer sans cesse l'un et l'autre, qui a mené le Real vers un nouveau titre de champion, inévitablement accompagné d'un titre de meilleur buteur pour Ruud. Seule une blessure est venue l'empêcher de réaliser à peu près la même chose qu'il avait accomplie avec MU, et de continuer à étoffer son palmarès. 150 buts à Manchester, 59 avec le Real, 75 avec le PSV, deuxième meilleur buteur de l'histoire de la C1 avec 60 buts, meilleur buteur de la sélection hollandaise, bref…meilleur buteur partout ou il est passé, voilà ce qu'est van Nistelrooy.
Un buteur possédant d'excellent qualités physiques, au service d'un sens du but hors du commun, de quelque chose de spécial, d'impalpable (selon mes calculs, il a marqué 357 buts en 585 matchs pros, soit la moyenne de 0.62 buts/match...), qui le rend digne des plus grands. Et au delà du joueur, un homme modeste malgré le succès, qui a su garder un regard à la fois distant, lucide et humble sur la chance qu'il a de vivre de sa passion ("En arrivant à Manchester, je me suis offert la voiture de mes rêves. Jamais je ne la vendrai. Dans vingt ans elle sera toujours dans mon garage, et je la regarderai avec plaisir. On ne vend jamais ses rêves."). Oui, vraiment, digne des plus grands.
Je ne parle pas de lui au passé, il peut encore briller une ou deux saisons avec Hambourg, et pourquoi pas devenir meilleur buteur dans un quatrième championnat différent ( !), mais sa non sélection pour la Coupe du monde amorce définitivement la fin de sa carrière. Les supporters ne pourront bientôt plus faire monter les « Ruud ! Ruud ! Ruud! » des tribunes après chaque but, et les défenseurs pourront mieux dormir.
Sources : Wikipédia, lequipe.fr, L'Equipe Magazine 1119 - 1er novembre 2003
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1 commentaires:
Excellent article, vraiment!
On sent bien la raison de ta passion, et je dois dire que ses deux saisons à Madrid m'en ont laissé une grande impression. Je crois que le duo Raul/ruud est le plus beau duo d'attaquants que j'ai jamais vu!
En tout cas, je me rappelle que c'est moi qui t'ai annoncé son départ pour Madrid par téléphone. C'était la première fois qu'on se parlait et la première chose que je t'ai entendu dire est "Oh PUTAIN PUTAIN c'est officiel?"
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