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Aux frontières du Raúl



On peut dire, schématiquement, qu'il y a deux types d'adolescent. On a soit été un adolescent dominateur, soit un adolescent dominé... L'adolescent dominateur se tape toutes les filles, a peu d'acné, grandit plus vite que les autres, et écrase, donc, les adolescents dominés, qui n'ont rien de tout ce que le dominateur a, et qui en sont, en fait, l'opposé exact. J'étais, pour ma part, un membre émérite de la seconde catégorie d'adolescent.

Real et Réalité

Personne ne me croyait donc, en 1999, à l'âge de 12 ans, lorsque je clamais, haut et fort, que Raúl allait devenir le meilleur joueur du monde.
Se la jouer prophète en culotte courte en 1999 n'était pourtant pas bien risqué. En effet, Raúl a commencé sa carrière au Real Madrid en 1994 à l'âge de… 17 ans ! Capello lui donnait sa chance, et Raúl lui rendait bien, marquant un but dès sa deuxième apparition dans l'équipe Une. En 1999, au moment, donc, où j'étais humilié par des camarades ignorants ne jurant que par les récents champions du monde, Raúl avait déjà, entre autres, gagné une fois la Ligue des Champions, deux fois le championnat d'Espagne, et une fois la Coupe Intercontinentale en marquant un but d'anthologie en finale. Tout ça pour dire que Raúl, alors que je le défendais pour la première fois, était déjà intouchable.
Je l'ai découvert grâce à un match d'anthologie de l'équipe d'Espagne en qualification de l'Euro face à l'équipe d'Autriche, match que les Rouges & Or avaient gagné 9-0, match que Raúl avait scellé de quatre buts plus beaux les uns que les autres. Mais en France, dans une masse éduquée à Téléfoot, Raúl était toujours un sombre inconnu.

Barthez et la fin de la jouissance

L'adolescent dominé est autant connu dans son collège que l'adolescent dominateur. Il est connu grâce à ce rapport de force inégal. Il est connu grâce aux humiliations qu'il subit.
De la même façon, Raúl devint véritablement connu en France en ratant un pénalty face à l'équipe de France, en quart de finale de l'Euro 2000. Juste après avoir mis le ballon au-dessus, Barthez vient, avec l'intelligence qu'on lui connait, se mettre sous son nez - littéralement - pour pousser des cris rageurs et mesquins. Barthez humilie Raúl. Pourtant, une victoire lors d'une campagne exceptionnelle en Ligue des Champions, agrémentée d'un but mémorable en finale contre Valence avaient ouvert les portes de la renommée à Raúl qui était, pour la première fois, un candidat fort crédible pour le Ballon d'Or.

Mais voilà, injustement, l'Euro marqua finalement plus les esprits que la Ligue des Champions de Raúl, Redondo, et cette talonnade géniale contre Manchester.

Heureusement pour lui, le niveau de Raúl ne faiblit pas dans les années suivantes, bien au contraire. Meilleur buteur du championnat espagnol pour la deuxième fois en 2001 et champion d'Espagne pour la troisième fois, Raúl fut élu Ballon d'Argent derrière Michael Owen. A l'évidence, Raúl aurait été un lauréat plus crédible. Tout comme en 2002, où il gagna la Ligue des Champions et fit une bien belle Coupe du Monde.

La mort du football


Peu importent les récompenses individuelles, finalement, peu importe la renommée du joueur. C'était mon joueur préféré. Raúl n'était ni le plus rapide, ni le plus technique, ni le plus physique. Un peu à ma manière. Je n'étais ni le plus beau, ni le plus intelligent, ni le plus fort. L'identification était évidente, et tellement flatteuse ! Parce que Raúl, joueur paradoxal, joueur qui collectionne les records (meilleur buteur de l'histoire de la Ligue des Champions, de l'équipe d'Espagne et bientôt du Real, battant un record datant des années 50, un peu comme si quelqu'un battait le record de Just Fontaine en Coupe du Monde), était bel et bien le meilleur. Raúl n'était pas un joueur parfait, et c'est cette imperfection qui le rendait unique.

Qui le rend toujours unique.
Car aujourd'hui, en 2010, Raúl a 32 ans, Raúl est extrêmement critiqué. Son rôle au sein du Real a énormément évolué. Il en est devenu le capitaine, le meneur, le créateur. Il marque moins, et beaucoup ne voient en lui qu'un buteur, alors qu'il est bien plus. Il est un véritable symbole, une preuve que le football peut être autre chose qu'une performance physique totale. Il est un véritable artiste au milieu d'un football star académisé, aseptisé, sans âme.
Peu importe ce qui arrive dans un futur proche, que Raúl reste et finisse sa carrière sur le banc, ou qu'il parte marquer sous d'autres cieux. Raúl a marqué son sport à tout jamais.

Et le jour où ce joueur rangera les crampons, j'arrêterai d'aimer le football.

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